L'Ecole d'Alfort a gardé dans ses murs et dans sa conscience les traces de tous les évènements qui ont marqué les sciences vétérinaires, de leur création jusqu'à nos jours. Nous en avaons choisi quelques-uns.

 

La création du brevet de vétérinaire en août 1765

Louis XV avait décidé la création de la première école vétérinaire, celle de Lyon, en 1761; Alfort suivit quatre années plus tard. Le 11 août 1765, le Conseil du Roi produisait un arrêt accorant le titre de privilégié eu roi en l'art vétérinaire aux élèves ayant suivi pendant quatre années le "cours d'étude sur la connaissance des bestiaux et des maladies dont ils sont attaqués". Ceci marque la création du nouveau métier, à côté des traditionnels maréchaux, hippiatres et empiriques qui continuent leurs activités sans disposer du brevet. Il faudra attendre 1938 pour que seuls les vétérinaires puissent exercer cette médecine, et même les années 1980 pour que les derniers marécaux-experts et hongreurs disparaissent.

 

La période académique (1783 - 1785)

La nouvelle école était très en vogue lorsque de hautes personnalités furent recrutées pour y professer. Les trois noms les plus célèbres sont ceux de Félix Vicq d'Azyr, médecin de formation, anatomiste de renom, créateur de la Société royale de médecine, d'Antoine Fourcroy, l'un des plus éminents chimistes de la fin du XVIIIe siècle, et Jean-Marie Daubenton, co-auteur de l'Histoire naturelle générale et particulière de Buffon.Ces éminents professeurs amenèrent dans l'Ecole ou une population autrement distinguée que celle formée par des élèves d'extractions fort modestes. Ces mondanités prirent fin assez rapidement du fait des difficultés financières inhérentes à la période pré-révolutionnaire

 

La réorganisation de l'enseignement vétérinaire (1813)

Soucieux de disposer très rapidement des très nombreux praticiens dont sa Grande Armée avait besoin, Napoléon réorganisa l'enseignement vétérinaire, à l'échelle de son Empire. Cinq écoles formaient des maréchaux-vétérinaires en trois ans et les meilleurs sujets venaient à Alfort pour y recevoir un enseignement supplémentaire d'une année qui leur conférait le titre de médecin-vétérinaire. Certains vétérinaires avaient en outre la possibilité de former les maréchaux dans leurs cliniques et de leur conférer un titre de maréchal-expert. Ce dispositif, destiné à accroître rapidement le nombre de praticiens, se révéla catastrophique.

 

La création du premier journal de médecine vétérinaire (1824)

Le premier périodique vétérinaire fut publié à compter de 1824 par le corps enseignant d'Alfort. Le Recueil de médecine vétérinaire fut un élément majeur de la progression scientifique et sociale des vétérinaires. Ils pouvaient y partager des nouvelles, publier des cas cliniques, animer des discussions. Ce lien fut un élément majeur de l'organisation de la toute jeune profession. Le Recueil disparut en 2000.

 

La création de la Société Centrale de Médecine Vétérinaire (1844)

Les vétérinaires avaient compris très vite la nécessité de se distinguer des maréchaux qui avaient été leurs pères, et de s'élever au rang des médecins et des scientifiques. Ils le firent en élevant le niveau de recrutement des élèves, complexifiant et intellectualisant toujours plus les épreuves d'admission si bien, qu'à la fin du XIXe siècle, les enfants d'agriculteurs et de maréchaux étaient devenus minoritaires. Immitant l'Académie royale de médecine, dont certains vétérinaires étaient membres, les vétérinaires parisiens et les enseignants alforiens créèrent en 1844 la Société centrale de médecine vétérinaire, terrain d'échanges entre les sommités du moments.

 

L'aventure du microbisme et de la vaccination (deuxième moitié du XIXe siècle)

 Depuis le début du XIXe siècle, les alforiens étaient spontanéistes, c'est-à-dire qu'ils pensaient que les maladies contagieuses n'étaient pas dûes à des germes vivants passant d'un animal à l'autre mais à l'action d'élements environnants morbides qui touchaient tous les animaux en même temps. S'ils étaient dans l'erreur, ils commencèrent à douter lorsque Pasteur, à partir de 1865, enchaîna les démonstrations. Un des alforiens charismatiques, Henry Bouley, dut se rendre à l'évidence et, publiquement, admis l'erreur collective. Les alforiens devinrent pour beaucoup d'entre eux des soutiens indéfectibles de Pasteur, menant sur les animaux les expérimentations imaginées avec le maître. L'Ecole d'Alfort fut associée aux succès de Pasteur, notamment lors de l'expérimentation publique de Pouilly-le-Fort (77), et cette reconnaissance conduisit à la fin du siècle à une pofonde restructuration du site. Les alforiens sont depuis très présents dans ce domaine.

 

La scission des disciplines médicales

Les connaissances s'étaient accrues de faon exponentielle au cours du XIXe siècle. La fin du XIXe siècle vit l'éclatement de disciplines devenues trop volumineuses. La physiologie quittait l'anatomie en 1878, l'anatomie pathologique l'anatomie normale en 1898. La médecine et la chirurgie des espèces se spécialisaient ; un bâtiment dédié aux ruminants était inauguré au tout début du XXe siècle tandis que les animaux de compagnie avaient leur hôpital en 1928.

 

L'explosion du nombre de chiens et de chats

Les ouvrages vétérinaires anciens n'évoquent que très rarement les animaux de compagnie. L'affection que leur portaient leurs maîtres était généralement jugée futile et, si ces animaux étaient dans les faits soignés, peu d'auteurs osaient publier sur le sujet, à l'exception près de la rage, considérée comme un fléau. Mais il est un fait que les statistiques d'hospitalisation démontrent : dès le XIXe siècle, le nombre de carnivores soignés à Alfort dépassait celui des chevaux. L'accroissement du nombre d'animaux de compagnie en Ile-de-France après la deuxième guerre mondiale amena de facto à une prééminence de ces animaux dans les cliniques alforiennes à la fin du XXe siècle. Le Centre hospitalier d'Alfort dédié à ces espèces est aujourd'hui le plus important d'Europe en nombre d'animaux traités.

 

La réintégration des disciplines d'enseignement

Les champs disciplinaires qui s'étaient séparés au début du XXe siècle devinrent des chaires très structurées et assez indépendantes les unes des autres. La transversalité imposée par la recherche puis par la pratique, la nécessaire interaction de nombreuses expertises pour juger d'un cas clinique ou d'une situation épidémiologique conduisent aujourd'hui au mouvement inverse, c'est à dire à la réunion des enseignants-chercheurs dans des départements où ces experts variés interagissent pour construire ensemble un même objectif de formation.

 

Le développement de la recherche

Les enseignants, devenus enseignants-chercheurs en 1992, ont depuis des obligations de recherche. Leurs parcours professionnnel, autrefois conditionné par l'obtention de l'agrégation, est aujourd'hui lié à l'obtention d'une thèse d'université puis d'une habilitation à dirigr des recherches. Ces vingt dernières années se sont traduites par un fort développement de la recherche in situ avec la formation d'équipes impliquant des organismes tels que l'INRA, l'INSERM, l'ANSES... Les deux grands de recherche à Alfort concernanet l'infectiologie, en association avec l'ANSES, et la physiopathologie.

 

La restructuration du campus d'Alfort

L'Ecole d'Alfort dispose toujours de son domaine d'origine, à l'exception d'une partie occupée par l'Agence nationale Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES), un organisme thématiquement très proche de l'Ecole. La majeure partie de ses onze hectares avait été progressivement peuplée de pavillons accueillant les nouvelles chaires, un système devenu obsolète avec l'intégration des disciplines au sein de départements. L'Ecole est engagée dans un vaste processus de concentration qui voit la création de bâtiments  plus imposants accueillant les personnels oeuvrant dans les trois grandes thématiques qui structurent désormais la formation : les sciences biologiques et pharmaceutiques, les sciences de l'animal de production et de l'hygiène alimentaire et les sciences du cheval et de l'animal de compagnie. Ceci doit se traduire à terme par une réduction importante du nombre de bâtiments et leur concentration géographique au sein du campus.